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Revue de presse - En Bretagne, les algues sont matière première

Revue de presse - En Bretagne, les algues sont matière première

Publié le 23 août 2011

A l’heure où les algues vertes font polémique en Bretagne, L’Usine Nouvelle met en lumière la filière des algues. Un secteur regroupant 2 000 salariés et 70 entreprises chargées de transformer cette biomasse à des fins cosmétiques, alimentaires ou agricoles.

La Bretagne possède la première réserve européenne d’algues sauvages. Ce capital naturel pourrait bientôt générer de nouvelles activités. La création officielle de la nouvelle structure de recherche et développement Idéalg répond à cette attente. Dotée de 10 millions d’euros et soutenue par les fonds Investissements d’avenir - ex-grand emprunt-, Idéalg est portée par la station biologique de Roscoff (Finistère), qui dépend du CNRS. Elle a pour but de "favoriser une production de masse, sélectionner des variétés nouvelles et mieux utiliser les outils biotechnologiques". Dix-huit partenaires sont associés, notamment le Centre d’étude et de valorisation des algues (Ceva), basé à Pleubian (Côtes d’Armor), l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), très présent en Bretagne, les universités de Bretagne Occidentale, de Bretagne Sud et de Rennes 1 ainsi que l’Institut national de recherche agronomique (Inra).

Exploration ou valorisation
Pour exploiter les biotechnologies marines, plusieurs sociétés technologiques n’ont pas attendu la mise en route d’Idéalg. Le savoir-faire de Goëmar, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), est reconnu depuis vingt-cinq ans. "Nous achevons un investissement de 4 millions d’euros dans une nouvelle usine située sur la technopole Atalante-Saint-Malo, qui nous permettra de doubler les volumes de production", explique Marie-Hélène Netange, la responsable de la communication de l’entreprise. Cette unité industrielle de 2 700 mètres carrés de surface couverte va disposer des technologies les plus pointues pour des fabrications de vaccins naturels des plantes à base d’algues pêchées au large de la Côte d’Émeraude. Des produits de nutrition pour la reproduction des plantes sortiront aussi de cette unité de production. Goëmar, qui a réalisé l’an dernier 16 millions d’euros de chiffre d’affaires et vend 55 % de ses produits à l’export.

D’autres sociétés s’engagent dans la valorisation des algues, comme la petite entreprise Algaïa, à Lézardrieux (Côtes d’Armor), qui a mis au point Oléa, une huile végétale alimentaire. Ce produit diététique est le fruit d’un projet labellisé par le pôle de compétitivité Valorial qui a mobilisé plus de 200 000 euros de travaux de R et D. "Les derniers tests sont en cours. S’ils sont concluants, nous passerons à la phase industrielle", explique Stéphanie Briand qui pilote ce projet pour Algaïa (300 000 euros de chiffre d’affaires en 2010). Quant à Setalg (6,5 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier), filiale du groupe malouin Roullier, elle est devenue l’un des principaux spécialistes des algues fraîches et déshydratées pour l’industrie cosmétique, l’agroalimentaire et l’alimentation animale. "En une décennie, précise Angélique Duédal, cadre chez Setalg, nous avons triplé l’effectif, qui compte 27 personnes. Nos marchés sont internationaux : nous vendons nos gammes dans plus de 60 pays."

Un secteur discret
Porteuse, la filière algues reste toutefois confidentielle : elle n’emploie que 2 000 salariés en Bretagne. Les 70 entreprises qui transforment cette biomasse à des fins cosmétiques, alimentaires et agricoles sont donc très loin d’exploiter les 70 000 tonnes d’algues naturelles que l’on trouve principalement dans le nord de la Bretagne, entre Saint-Malo et Brest. D’après les travaux du Ceva, la cosmétologie à base d’algues et d’eau de mer est en croissance, par contre les algues alimentaires stagnent. Les Européens n’en sont pas de grands consommateurs. Pour offrir d’autres débouchés aux algues, le bio va prochainement entrer en scène. L’association Inter Bio Bretagne travaille avec les organismes compétents au niveau régional et national afin de rendre possible la production et la récolte d’algues marines bio. "Il ne s’agit pas de classer tout le littoral breton en bio, mais certaines zones éloignées notamment des secteurs de conchyliculture. Une tonne d’algues fraîches se vend entre 30 et 40 euros. Le bio permettra de beaucoup mieux valoriser cette matière première, tout en protégeant la ressource", note Michaël Böehm, le responsable des études chez Inter Bio Bretagne.

Un nouveau plastique et des films d’emballage
Les diversifications industrielles étudiées par les centres de recherche sont loin d’aboutir. Le Ceva et ses partenaires ont mis au point un nouveau plastique à base d’algues qui pourrait être appliqué dans l’automobile. "Nous avons travaillé avec le groupe Fiat, dans le cadre d’un projet nommé Biopal, mais son développement n’est pas encore envisagé", constate Jean-François Sassi, chargé de la R et D au Ceva. Il se penche désormais sur la création de films d’emballage en plastique.

Si les algues des grands fonds sont une richesse, il n’en est évidemment pas de même pour les 60 000 tonnes d’algues vertes qui s’échouent tous les ans sur les plages de Bretagne. Depuis deux décennies, chercheurs et collectivités locales tentent de les éliminer, mais aucune solution pérenne n’a encore été trouvée. Ce qui oblige les communes à les ramasser après chaque marée estivale. Potentiellement dangereuses pour la santé, les zones polluées constituent autant de repoussoirs pour les touristes.Une enveloppe de 45 millions d’euros vient d’être débloquée par l’État et les collectivités pour la mise en place d’un vaste programme de préservation des bassins les plus fragiles situés au nord de la Bretagne, dans les baies de Lannion et de Saint-Brieuc notamment. Toutes les études scientifiques démontrent que les excédents azotés issus des élevages industriels de porcs - entre autres - sont la principale explication à la prolifération de ces algues vertes.

Interview
« Une réserve naturelle des 600 variétés »
François Loubignac précise l’utilisation faite des algues dans l’entreprise qu’il dirige, les Laboratoires d’Armor (34 salariés, 2,9 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2009), à Pleubian (Côtes d’Armor).

Comment analysez-vous l’avenir de la filière algues en Bretagne ?
Cette région a la chance de disposer d’une réserve naturelle composée de 600 variétés d’algues dont la qualité est exceptionnelle. La filière va d’autant plus être amenée à se développer que dans le secteur de la cosmétologie les produits marins naturels sont très demandés par les consommateurs français et étrangers.

Votre société fabrique des produits de cosmétologie à base d’algues naturelles. Pouvez-vous en envisager la culture ?
C’est l’une de nos orientations stratégiques. Notre service de R et D y travaille. Nous souhaitons créer ce type d’exploitations pour garantir une parfaite traçabilité de nos produits, et surtout travailler des algues les plus fraîches possible.

Vous disposez désormais de deux gammes de produits de cosmétologie, pour professionnels et pour particuliers. Comment évoluent ces deux segments de votre activité ?
Notre marque d’origine Algologie compte 200 références et continue de progresser. Elle est distribuée dans les instituts de beauté d’une trentaine de pays. La nouvelle gamme nommée La Presqu’île commence à être vendue aux particuliers. Nous avons mis en place un réseau de 200 vendeuses. Nous en attendons de l’ordre de 1,5 million d’euros de recettes en 2011.

_ Source : L’usine Nouvelle - 02/08/2011

 
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